Les aventures des poussins, racontées par leur presque poule de mère

Je vous avais donc laissé vendredi soir, je n’imaginais pas encore l’effet à retardement des vapeurs de Merridish.
Je me suis couchée tranquillement, seule chose étrange, l’odeur de mon mari digérant encore son repas de midi.
Vers 3 heures du matin, le mal au dos m’a réveillé, j’ai vaguement repensé à ce que mon gynéco m’avait dit la veille, à savoir que mon ventre était tellement énorme et distendu (enfin, un terme dans le genre que Stephan avait traduit, pour mon grand désespoir par « le ventre tellement explosé ») que je risquais de ne pas ressentir les premières contractions, mais que le mal de dos pourrait me les indiquer.
J’ai décidé que 3 heures du matin n’était pas une heure pour partir accoucher, j’ai donc essayé de me rendormir.
À 4 heures ce sont des contractions qui sont arrivées, je ne m’en étais pas laissée conter par le mal de dos, j’ai donc décidé de mater les contractions au Spasfon afin de finir ma nuit.
En fait, sans rancune suite au déjeuner du midi, j’avoue que ça m’ennuyait de réveiller mes beaux parents au beau milieu de la nuit (pour venir garder Elliot, pas pour m’accoucher évidement…)
Mais à 5 heures, la fréquence et l’intensité des contractions ont eu raison de ma compassion, j’ai secoué mon mari, pensant à juste titre que mes beaux parents préfèreraient être réveillés en Allemand plutôt qu’en français.
D’humides indices m’ont informé qu’en plus des contractions régulières, j’étais en train de perdre les eaux.
Assez décevant la perte des eaux, sans doute parce que la tête de Raphael était déjà très basse et en freinait l’écoulement, ça tenait plus du robinet fuyant que des chutes du Niagara, enfin, bref, tant pis pour la déception et tant mieux pour les sièges de la voiture.
En arrivant à la clinique, j’ai commencé à ne plus rigoler du tout, non pas que j’étais hilare jusque là mais disons qu’entre 2 contractions, j’essayais de distraire mon mari et de le rassurer.
Rapidement, les rôles se sont inversés.
Les contractions de la maison étaient juste une petite mise en jambe pour ce qui m’attendait à la clinique car là j’ai commencé à avoir mal, mais mal…vraiment mal.
J’étais en salle de pré travail depuis à peine 20mn que je pleurais déjà pour avoir une péridurale, et « pleurais » n’est pas une image…
Et je l’ai eu, j’avais en tête le soulagement immédiat que j’avais ressenti pour mon premier accouchement, entre 2 contractions, je chantonnais presque la chanson de Camille à ma sauce: « elle va prendre ma douleur, prendre ma douleur »
Sauf que, le soulagement ne fut pas immédiat…et après 3 doses ne concernait que la partie gauche de mon corps.
Et là…j’avoue que l’événement est peut être encore un peu trop récent pour que j’arrive à vous le raconter avec humour.
Je crois que j’aurais pu, si les contractions ne me tétanisaient pas toutes les minutes, égorger sans couteau la gynéco qui m’a fait la péri (ce sont les gynéco qui font les péridurales dans cet hopital)
150 fois, j’ai du me dire que si j’avais eu aussi mal pour mettre Elliot au monde, il serait fils unique…enfin, ça c’était avant la poussée…
Car pendant les quelques minutes qu’elle a duré je n’ai pensé rien d‘autre que « je ne vais pas y arriver, je ne vais pas y arriver, je ne vais pas y arriver… » je l’ai crié aussi…
D’ailleurs, il y avait une ambiance pendant cette poussée (heureusement très très courte, pour Elliot, ça avait duré plus de 30 mn, et ça avait fini par des forceps.)
On se serait cru dans les tribunes d’un match de foot.
Je croyais qu’il n’y avais qu’à la télé que les femmes criaient en accouchant…c’est pas que j’en sois fière…mais j’ai crié : « Stephan, dis leur que je ne vais pas y arriver, je te dis que je ne vais pas y arriver »
Les 2 gynécos et la sage femme devaient crier quelque chose du genre, « mais qu’est-ce qu’elle dit » et Stephan, essayant de couvrir tous ces cris hurlait « pousse, tu vas y arriver, pousse… »
Bizarrement aucun gros mot, aucune insulte ne furent prononcés.
Et il est sorti, j’y suis arrivée.
Brusquement, plus aucune douleur, plus de cris, et d’autres larmes.
Mon fils est né, je l’ai mis au monde, j’y suis arrivée, j’ai l’impression d’avoir gravi l’Everest, d’avoir gardé le secret malgré la torture, d’avoir sauvé le monde, d’avoir traversé l’Atlantique à la nage…il est 9h12, mon fils est né, JE l’ai mis au monde.